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André Turcat

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Concorde Passion : pourquoi un tel engouement, inégalé, pour notre avion ?

La beauté, bien sûr. Certes, d’autres avions de ligne sont d’un admirable dessin : le Super Constellation hier, l’A340-600 aujourd’hui. Mais l’album de photos que voici, est là pour montrer que Concorde les surplombe de toute son élégance, expliquant la passion qu’il suscite.

Homme des essais, des mesures, donc positif c’est-à-dire peu porté aux superlatifs qui me gênent parfois, force m’est de constater que nul ne peut rester de marbre à contempler Concorde sous ses divers angles ; et pour ma part, je n’ai pas cessé de m’immobiliser un instant à sa vue, chaque jour depuis le 11 décembre 1967 lorsque la porte du hangar de St-Martin-du-Touch à Toulouse, se leva lentement sur le 001 tout blanc dégagé de ses escabeaux. Et de même fais-je encore aujourd’hui, comme chacun et à chaque visite du hall Concorde du musée de l’Air et de l’Espace, devant des formes que nul n’a égalées.

Qu’est-ce donc qui fait cette beauté ? Voyons-y d’abord une conséquence directe du programme et de sa hardiesse. C’était une nécessité, pour emmener cent passagers pour trois heures de supervitesse, d’obtenir un rendement supérieur à celui de tout avion delta militaire ; car pour celui-ci la réalisation de la mission de combat l’emporte sur le souci du dernier demi pour cent de rendement, qui signifie ici quelques passagers de plus ou de moins. Ainsi est commandé d’abord l’extraordinaire effilement de ce fuselage dont la nature n’a doté aucun cétacé. Puis la souplesse de la voilure, imposée par la soufflerie et le crayon de l’ingénieur en chef, et qui ferait mieux songer à la raie Manta que tel talentueux photographe a pu saisir. Enfin le cabré autoritaire de Concorde au décollage et à l’atterrissage ne fait-il pas penser – pour rester dans les images animalières- à quelque immense rapace, nous laissant béats ?

Mais il n’y a pas que l’aspect pour nous émouvoir, au-delà des premières impressions. Concorde n’eût certainement pas connu un tel succès public – et je dirais populaire – si nous n’avions pas su ses performances, de vitesse certes, mais aussi de comportement sous toutes les latitudes, les températures, les intempéries, telles que les ont rapportées, après nous-mêmes les équipages d’essais, tous les heureux passagers. On sait que nous avons réussi le défi là où les plus grands ont échoué, grâce à une innovation dans tous les domaines, et malgré, ou grâce aussi, à notre perfectionnisme règlementaire et industriel, donc – il est vrai – un coût, et au goût français – allons, franco-britannique et qui n’est pas seulement du cocorico – de la belle ouvrage ?


André Turcat, pilote d’essais, ancien directeur des essais en vol de Concorde. Le 2 mars 1969, il pilotait Concorde lors de son vol inaugural dans le ciel de Toulouse.